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Emprisonné malgré sa maladie: la désinvolture de l’Etat fatale à Ousmane Dia

Avatar Boubacar FAYE | 13 février 2024

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Le 30 Mai 2023, veille de la condamnation du leader politique sénégalais Ousmane SONKO, des manifestants prennent d’assaut la brigade de la gendarmerie de Nguekokh (une commune du département de Mbour située à plus de 70 km de la capitale sénégalaise). Les gendarmes, pris de panique, utilisent leurs munitions pour disperser la foule. Plusieurs personnes sont blessées, parmi eux, Ousmane Dia.
Selon son frère Oumar, Ousmane a reçu un projectile dans sa cuisse gauche alors qu’il était sorti pour acheter son repas du soir. Le 26 Juin 2023, en convalescence chez lui, des gendarmes débarquent « pour lui poser des questions ». C’est la deuxième fois qu’ils venaient chez les DIA. Mais cette fois-ci, ils sont repartis avec Ousmane, blessé et alité.
Après son audition au tribunal d’instance de Mbour, il est accusé d’« avoir participé aux manifestations après la condamnation de l’homme politique sénégalais, Ousmane Sonko. Blessé au pied et souffrant d’épilepsie, il est emprisonné à la maison d’arrêt et de correction de Mbour où il perdra la vie après 11 jours d’incarcération.

1. La blessure

Âgé de 25 ans, Ousmane DIA vendait des journaux à Nguekokh. Le soir des manifestations du 30 Mai 2023, alors qu’il revient à peine de Popenguine, il sort de chez lui pour chercher à manger. C’était aux environs de 2O heures.
« La fatalité a voulu qu’Ousmane assiste à cette manifestation car ce jour là, nous étions allés assister au ‘’Salaatoul Tasbiih’’ de feu Cheikh Ibrahima Sakho à Popenguine. Nous avons passé la journée ensemble, c’est là où nous avons fait la prière du crépuscule avant de rentrer. Après avoir pris son bain, il m’a prévenu qu’il allait acheter son dîner», confie sa mère.
Des témoins racontent qu’ après avoir entendu le bruit de la foule, Ousmane a décidé de se rendre sur les lieux par curiosité. Dans ce tumulte, il reçoit un projectile dans la cuisse. Une balle en caoutchouc, confie son grand-frère Oumar Dia. Les résultats de la radiographie dévoilent une fracture à la cuisse gauche . Il devient infirme, aidé en permanence par sa famille.« Même pour prendre son bain j’assistais Ousmane avec l’aide de ses frères », confie sa mère Salimata Thiam.

2. L’antécédent médical

Avant cette fracture à la cuisse, Ousmane souffrait d’épilepsie. C’est une maladie neurologique chronique définie par la répétition spontanée de crises provoquées par l’hyperactivité d’un groupe de neurones dans le cerveau. Ce sont des crises soudaines et sont le plus souvent de courte durée.
Ousmane disposait de tous les papiers justificatifs de son traitement. Il lui était notamment interdit de consommer du thé, du café et de s’endormir très tôt. « Nous veillions bien à l’état de santé d’Ousmane et lui aussi se conformait aux interdits tout en prenant convenablement ses médicaments. Il n’avait pas piqué de crise épileptique pendant toute la durée de sa convalescence suite à sa blessure. D’ailleurs, il disait souvent qu’il n’est pas intéressé par les activités politiques parce qu’il peut perdre le contrôle à tout moment pendant ses crises. C’est pourquoi quand il ne travaillait pas, soit il était à la maison ou dans des rencontres religieuses appelées « Dahira », c’est un fervent disciple Tidiane », rapporte sa mère.
Cette thèse est confortée par le responsable des jeunes Tidianes de la localité. Préférant préserver l’anonymat, il précise que les seules activités où il voyait Ousmane Dia s’investir, au-delà de son travail, sont les Dahiras ou autres  manifestations religieuses. « Rien ne prédestinait Ousmane à assister à des manifestations, il ne ferait de mal à personne », ajoute-t-il.

3. L’arrestation

Quelques jours après sa blessure, deux agents de la gendarmerie pénètrent chez les Dia, demandant après Ousmane. Ils ont des questions à lui poser, disent-ils, mais sa maman s’y oppose: « Mon fils est incapable de se déplacer », dit-elle.
Son frère, Oumar DIA raconte que des gendarmes sont revenus deux jours après, cette fois, sur ordre du procureur qui exige qu’il soit amené à la brigade de recherches de Saly pour les besoins de l’enquête ouverte sur les manifestations du 30 Mai.
« J’ai essayé de les convaincre en convoquant son incapacité à marcher seul et son épilepsie mais ils ont été catégoriques. Par respect pour leur corps, nous ne nous sommes pas opposés à son arrestation. Je les ai suivis après. Et ma mère nous a rejoint plus tard», dit-il.
Une fois à la brigade de recherches, les gendarmes demandent les papiers justifiant son état de santé. « Je leur ai alors présenté les ordonnances prescrites par son médecin traitant », ajoute sa mère.
Oumar les supplie de jeter un coup d’œil sur les ordonnances pour corroborer ses dires, mais les hommes de tenue l’ignorent.

Face au refus des autorités policières d’admettre la maladie d’Ousmane comme facteur atténuant, le dossier atterrit devant le juge du tribunal d’instance de Mbour. Dans les liens de la détention, Ousmane est empêché de prendre ses médicaments contre l’épilepsie. « Lorsqu’on m’a informé qu’il était au tribunal, je lui ai apporté les médicaments qui lui restaient à la maison en attendant d’en savoir davantage pour les renforcer au cas où il serait incarcéré. Mais on m’a dit qu’on allait lui retirer ses médicaments si je les lui apportais », se plaint-elle.
Après son interrogatoire, le juge considère qu’Ousmane était parti manifester au même titre que ceux qui ont saccagé la brigade de la gendarmerie de Nguekokh. Le même sort que les manifestants lui est réservé, la prison.

4. L’incarcération

A la maison d’arrêt et de correction de Mbour, Ousmane DIA, astreint à prendre continuellement ses médicaments contre sa maladie, pique une crise dans sa cellule trois jours après. Il avait épuisé ses médicaments et ne pouvait plus se les procurer.
«En plus, ils m’ont refusé de lui donner ses médicaments. Je leur ai présenté un certificat médical mais le juge a décidé que seuls les médecins dédiés avaient la prérogative de cautionner l’entrée de ces médicaments après s’être assuré de son état de santé. Pourtant, sur le certificat médical que je leur ai présenté, il y a les coordonnées de son médecin traitant : numéros de téléphone, mail, cachet de l’hôpital. Cela aurait dû suffire pour garantir son authenticité. Mais hélas ! »

5. La mort

Le vendredi 7 Juillet 2023, Salimata Thiam se rend à la maison d’arrêt et de correction de Mbour pour voir Ousmane. À sa plus grande surprise, le major lui fait savoir que son fils, « malade », est acheminé à l’hôpital et qu’elle le reverrait si sa situation s’améliorait. « Cela m’a fait très mal car j’aurais aimé entendre la vérité quoiqu’il advienne », déplore Salimata.
La vérité c’est qu’Ousmane Dia, ne pouvant plus prendre ses médicaments contre l’épilepsie, a piqué une crise dans sa cellule. La maman s’indigne de la décision de l’autorité pénitentiaire d’envoyer son fils à l’hôpital sans consulter la famille mais elle n’est pas au bout de ses peines. « Ousmane est malade, on l’a amené à l’hôpital et il a fini par décéder là-bas », lui annonce-t-on alors qu’Ousmane Dia est «mort en prison», affirme sa mère avec regret.
Le souvenir et d’autant plus amer que l’administration pénitentiaire ne manquait pas d’information sur l’état de santé d’Ousmane. Le Major de la maison d’arrêt et de correction de Mbour, lui-même, confirme à sa mère l’avoir vu piquer une crise à deux reprises après des alertes des gardes pénitentiaires. Le rapport du médecin légiste mentionne deux crises convulsives d’Ousmane Dia la veille et une heure trente avant le « constat de décès » aux Urgences de l’hôpital.

6. L’autopsie

Devant le fait accompli, l’administration pénitentiaire invite la famille à assister à l’autopsie du corps d’Ousmane DIA le dimanche 09 Juillet 2023. Un proche de la famille, souhaitant garder l’anonymat, est présent. Les résultats indiquent une mort par étouffement suite à sa crise. « La mort est liée à une détresse respiratoire aigüe », crie Elias Abdoulaye Diop, le procureur qui, onze jours avant sa mort, avait ordonné l’arrestation d’Ousmane et demandé son envoi en prison.
Le magistrat tient à écarter les rumeurs naissantes de décès du jeune homme des suites de sa blessure à la cuisse mais occulte les cris de la famille à la négligence de la part de tous ceux qui n’ont pas porté assistance à Ousmane DIA depuis son arrestation.


Commentaires

This post currently has 7 responses.

  1. Diouf Mou Baye

    15 février 2024 at 00:21

    C’est avec tristesse que je parcours cet article. Merci beaucoup Cher Boubacar FAYE d’avoir mis cette lumière sur la trajectoire du jeune martyr. Nous présentons nos sincères condoléances à la famille éplorée. Que le Tout puissant pardonne le défunt et l’accueille dans son paradis céleste. Ameen.

  2. Anonyme

    15 février 2024 at 07:24

    Merci beaucoup frère Boubacar Faye pour ce travail qui nous a éclairé ces tristes faits. J’ai les larmes aux yeux. Qu’il repose en paix.

  3. Anonyme

    15 février 2024 at 16:23

    Tellement triste 😭
    Je me demande Où est le caractère humaine dans tout celà ?
    Merci frère pour cet article d’éclairage
    Qu’il Soit admis au Paradis céleste ainsi que tous les défunts

  4. Anonyme

    15 février 2024 at 17:47

    Je me demande si ces hommes de lois on d’abord un coeur ? J’ai de la peine pour sa maman ça doit être trop dur de perdre un enfant de cette manière

  5. Anonyme

    18 février 2024 at 22:25

    Hooooo!!! c’est vraiment triste, J’ai les larmes au yeux 😭en tout cas ALLAH n’ai pas aveugle , que firdawsi soi lui son demeure amine🤲🏾

    • Anonyme

      28 février 2024 at 17:31

      Allah ne viendra jamais régler nos problèmes si nous ne s’y mettons pas sérieusement. à mon avis il faudrait que les sénégalais disent plus jamais ça, en votant massivement contre ce régime.
      et que le nouveau pouvoir, une fois en place, prendra le temps de mener des enquêtes approfondies et sérieuses afin de sanctionner à la mesure de l’affront tous les coupables sans exception. après il faudra indemniser toutes les victimes. il nous faut une refondation totale de notre magistrature et de nos services d’ordre. il faudrait qu’ils comprennent que les temps ont changé. nous ne sommes plus sous la colonisation. ils doivent nous considérer comme des citoyens et non sujets indigènes. il faudrait que les rapports entre ceux qui sont sensés nous servir et nous, changent et se fassent dans le respect. il faudrait l’impunité des forces de l’ordre cesse. si on le fait pas on finira très très mal. wassalam

  6. Anonyme

    27 février 2024 at 16:22

    Merci beaucoup frère ce qui est sûr et certain est que tout ces crimes abominable ne resteront pas impunis inchallah hou Rabi l’auteur de ce fais répondrons leurs actes ignoble, horrible et inhumain si dieu le souhaite ici bas et los delà que tout ces martyrs soit admis au paradis firdawsi

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