En 2005, une étude estimait sa vitesse de progression à 10 % par an. Le typha, plante aquatique devenue envahissante à partir des années 1980, continue de coloniser les berges du fleuve Sénégal et du lac de Guiers sous le regard impuissant des populations riveraines. En plus d’accaparer des terres agricoles dans l’une des principales zones de production du pays, l’espèce fournit un habitat idéal aux oiseaux granivores et obstrue les infrastructures d’irrigation.
La lutte mécanique semble être la meilleure option pour le moment, mais le coût élevé de cette méthode rend impérative la recherche d’alternatives. Des projets de valorisation ont ainsi vu le jour à petite échelle. Il faudra cependant bien plus d’initiatives pour venir à bout de cette plante, qui profite de conditions locales idéales pour sa prolifération.
Entretien avec Pr Souleymane Diallo, malherbologue

Plusieurs personnes rencontrées évoquent les barrages de Diama et de Manantali à propos de la présence du typha, quel rôle leur érection a-t-elle joué dans son apparition ?
L’apparition du typha n’est pas due aux barrages. Cette plante est considérée comme une espèce autochtone dans le bassin du fleuve Sénégal. Le typha est présent dans la région depuis fort longtemps, bien avant la construction des barrages.
Cependant, le rôle des barrages a été primordial dans sa prolifération en permettant à l’avènement des conditions favorables à son expansion, notamment en changeant le régime hydrologique et la qualité des eaux dans le delta du fleuve :
- arrêt de la remontée des eaux de mer dans le fleuve en période d’étiage et forte baisse de la salinité ;
- expansion des zones inondables et de la durée de submersion ;
- accroissement des périmètres irrigués conduisant à un enrichissement accru du milieu en élément nutritifs azote et phosphore favorable au typha.
Quelles sont les conditions favorables à la présence du typha ?
Le typha est une plante (de la famille des Typhacées) semi-aquatique qui croît dans les milieux humides tropicaux, subtropicaux et méditerranéens. Il se développe en formations denses sur des sols humides ou saturés et sur les sédiments aquatiques des marécages, des zones dites prés-humides, des berges, des estuaires, des fossés et des tourbières. Il est favorisé par les facteurs suivants.
- La présence d’eau douce : le typha croît normalement quand le niveau de submersion est entre 0,3 et 1,5m ;
- La richesse du milieu en éléments nutritifs, en particulier azote et phosphore, notamment par le biais de l’agriculture irriguée et des industries agro-alimentaires ;
- Le climat : la température et la longueur des jours influent sur l’émergence des pousses à partir des rhizomes et sur la floraison.
- Les caractéristiques biologique de l’espèce qui la rendent envahissante et très compétitive par rapport aux autres espèces qui se développent dans le même milieu : un système dense de rhizomes dans le sol lui assurant la capacité de multiplication par voie végétative ; la production d’une grande quantité de semences (jusqu’à plusieurs centaines de milliers par épi) facilement transportées par le vent ; un taux de croissance élevé en début de végétation ; une grande taille lui permettant dominer les autres espèces.
Quel est le cycle de vie du typha ?
Le typha est une plante vivace qui se multiplie aussi bien par germination des graines que par l’émission de repousses par les rhizomes ; son cycle biologique du n’est pas défini de façon précise. En général, la croissance du typha, de l’émergence de la plantule à la floraison puis la maturation, dure 8 à 10 mois. Toutefois, seule une partie des plantes produisent des inflorescences. En plus, les différentes phases végétatives peuvent se chevaucher. Mais des auteurs ont rapporté que le maximum de floraison-maturation a lieu de mai à juillet.
Quelles sont les conséquences que le typha pourrait avoir sur la biodiversité ?
Dans les lieus humides présentant des conditions favorables, le typha possède un pouvoir de compétition très élevé. Son développement entraine une forte diminution de la biodiversité par la suppression de la plupart des autres espèces végétales. Il y a également un effet sur la faune à cause de la modification de l’habitat.
Quel est le rapport entre le typha et la gestion de l'eau notamment dans une zone d'irrigation comme le nord du Sénégal ?
L’envahissement des canaux d’irrigation et de drainage constitue une entrave aux activités agricoles dans les périmètres irrigués. Les opérations d’entretien (manuelles ou mécaniques) sont indispensables et elles coûtent cher.
Il a été rapporté que dans les zones envahies par le typha, les pertes d’eau par l’évapotranspiration sont plus élevées que dans les zones non infestées.
Peut-on arriver à bout du typha et comment ?
Le problème de la lutte contre le typha dans le delta du fleuve Sénégal se pose depuis plus de 20 ans et il n’y a toujours pas de solution définitive. Il y a eu beaucoup d’efforts, parfois avec gros moyens mécaniques à travers de projets financés par les bailleurs. Les principales méthodes utilisées sont la coupe manuelle ou mécanique ou bien et surtout l’arrachage mécanique avec de gros engins. Toutefois cela n’empêche pas le typha de se régénérer au bout de quelques mois à deux ans.
La lutte biologique n’a pas pu être appliquée en raison de l’absence d’ennemi naturel connu et assez virulent du typha. La lutte chimique par les herbicides a été systématiquement écartée pour des raisons écologiques compte tenu de la fragilité du milieu




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